Interview

12 avr Celle qui a renoncé à devenir blonde : entretien avec l’artiste Valérie Bertoni

La pein­ture de Valé­rie Ber­toni endosse divers pelages d’animaux sau­vages et domes­tiques . Mais pas ques­tion d’y dor­mir comme une mar­motte. S’y ins­crit le pou­voir de la bête, sa han­tise, ses colo­ris, ses cris, sa cri­nière ou son suint. La mémoire ou l’oubli — comme on vou­dra. L’incendie ani­mal n’est jamais maî­trisé. Restes les empreintes, les traces. Demeurent sous le silence appa­rent de la pein­ture nos hur­le­ments qui ser­pentent et éclatent par­fois.
Qu’est en effet notre corps si ce n’est une immense réserve sau­vage ? On n’est rien, à per­sonne, per­sonne n’est rien sinon au cochon ou au buffle. Ce sont d’eux d’où on vient et vers les­quels on retourne au sein de nos gale­ries inté­rieures. Elles sont autant de laby­rinthes zoo­lo­giques. L’artiste nous le pro­pose de face. Chaque tra­jet ani­ma­lier fait son che­min en nous dans des jeux de miroirs.

Entre­tien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Gaïa, ma chienne Labra­dor. Il lui faut son petit dej. à 7h37 au plus tard !

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?

Ils sont tou­jours avec moi.

A quoi avez-vous renoncé ?

A deve­nir blonde.

D’où venez-vous ?

De la mer.

Qu’avez-vous reçu en dot ?

Un don. De la mère.

Qu’avez vous dû “pla­quer” pour votre tra­vail ?

Mes che­veux. Pour ne pas qu’ils jouent avec la pein­ture.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?

Cham­pagne !!!

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes ?

Mon âme ani­male.

Quelle fut l’image pre­mière qui esthé­ti­que­ment vous inter­pela ?

Mon dou­dou.

Et votre pre­mière lec­ture ?

« L’Ecume des Jours », il me semble… Ou « Oui-Oui à la plage », je ne sais plus très bien…

Pour­quoi votre atti­rances vers la pein­ture ani­ma­lière ?

La fas­ci­na­tion des ani­maux.

Quelles musiques écoutez-vous ?

Elec­tro, Rock alter­na­tif, New Wave, New Age, Pop anglaise. Et Mis­tin­guett.

Quel est le livre que vous aimez relire ?

« Oui-Oui à la plage ».

Quel film vous fait pleu­rer ?

« Mommy » de Xavier Dolan.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?

Euh… moi !

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?

A personne.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Zanzibar.

Quels sont les artistes dont vous vous sen­tez le plus proche ?
La réponse est oui mais quel était le sens de la ques­tion ?

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?

C’est fait : des chaus­sures Brooks qui vont cou­rir le mara­thon de Paris le 12 avril !

Que défendez-vous ?

Faire les choses sérieu­se­ment mais ne jamais se prendre au sérieux.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?

Une phrase d’Aragon.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“

LOL !!!

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Vous m’avez posé des questions ???

Pré­sen­ta­tion et entre­tiens réa­li­sés par jean-paul gavard-peret pour lelitteraire.com, le 7 avril 2015.

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08 avr Valérie Bertoni : l’ange et sa bête

Article publié par Jean-Paul Gavard-Perret sur le site Salon-Litteraire le 3 avril 2015 :

« L’art non seulement peut mais se doit la bête. Elle nous affecte. Et Valérie Bertoni l’introduit de manière inspirée et insatiable dans sa peinture. Manière de sortir de l’anthropomorphisme mais d’y revenir par la bande. En effet peindre le bestiaire ne revient pas à  pratiquer le travail du deuil de l’humain mais en quelque sorte sa renaissance. Et ce au moment où de gré ou de force la peinture passe de l’idéalisme métaphysique à l’abîme bestial par des portraits animaliers qui affrontent sans coup férir notre regard.

Qu’est en effet que notre corps si ce n’est une immense réserve sauvage ? On n’est rien, à personne, personne n’est rien sinon au chien, à la panthère rose, au chat et autres animaux « home-nivores » qui nous habitent. Dans les plis du coeur, les déchirures de l’âme, notre paquet de nerfs nos fauves demeurent tapis. 

Fidèle à son humour comme à une certaine gravité Valérie Bertoni traque le cochon qui sommeille dans les Pierrot d’amour mais sans jamais le souligner. On peut donc estimer que selon la créatrice, la moindre truie altruiste n’espère  rien des hommes dont l’âme est soluble dans le suint. Marins ou non en drôles de zèbres nous vivons dans les porcs grâce à eux l’art naît dans une fièvre de cheval plus ou moins fou.   

L’artiste par le velouté de l’huile donne une douceur particulière au chaud comme au froid et à de superbes paysages. Elle crée une peinture astucieusement obsessionnelle.  La fusion des couleurs dans leur effet figuratif propose une plongée vers des sources lointaines et crée une ambiance épurée. Tout est assez étrange. Tout pourtant est familier. L’artiste offre des possibles auxquels nous donnons, nous, le nom d’histoires. Elle opère la coagulation non de nos fantasmes mais de nos fantômes même. Et si le mode conserve une incompréhension sidérante, les animaux sauvages ou non sont les étrangers qui nous lient à l’espace sans nous séparer de nous-mêmes. « 

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